Nous sommes heureux de fêter l'arrivée
de ce nouveau Printemps avec le thème " Sakura
no hana ", l'un des plus raffiné qui soit, et
qui évoque à chacun d'entre nous la beauté
de la nature qui s'éveille après la pause hivernale.
Au Japon, ces fleurs très prisées, et d'ailleurs
les plus appréciées de toutes, sont avant tout
le symbole de l'éphémère beauté
de la vie.
Un peu de botanique
Le Japon recèle bien des trésors ; son patrimoine
arboricole en est l'un des plus précieux, source d'une
inspiration artistique prolifique. Sous l'appellation botanique
" Prunus serrulata ", pas moins de 400 variétés
de cerisiers japonais sont répertoriés et classés
en 2 catégories majeures : les cerisiers des villages
"sakozakura" et les cerisiers des montagnes "
yamazakura ". Ces derniers sont considérés
appartenir à la lignée la plus pure, à
feuilles rougeâtres. Parmi les variétés
les plus appréciées, citons les "Oshimazakura",
aux feuilles d'un vert clair, les cerisiers-pleureurs "Shidarezakura",
et surtout une variété récente (milieu
XIXè s.) issue de cultivar : " Somei Hochino ".
Ses fleurs à 5 pétales sont blanches, au cur
rose pâle ; elles s'épanouissent avant les feuilles.
La très grande majorité de ces cerisiers d'ornement
ne donne pas de fruit ("Sakuranbo ").
La légende et l'Histoire : Tout commence par
une princesse nommée " Kono-hana sakuya-hime
", ce qui signifie littéralement " arbre-fleurs-floraison-princesse
" ; sakuya a donné le mot sakura. La légende
dit que cette princesse céleste se trouvait dans un
cerisier en fleurs quand elle tomba des cieux. Un temple au
sommet du Mont Fuji lui est dédié.
Quant à l'histoire, elle a fait de la fleur de cerisier
si délicate le symbole de la caste guerrière
(et de nos jours des représentants de l'ordre public
au Japon).
Cela s'explique par le phénomène du " Hanami
": ce mot est formé de 2 idéogrammes signifiant
" vue " et " fleur ", soit la contemplation
de la
floraison printanière des cerisiers, et qui suscite
encore un engouement d'une ampleur incroyable (voir ci-dessous).
Ce rituel est attesté dès le 8ème siècle
après J.C, jusqu'au 12ème siècle : pendant
cette première phase, religieux et nobles pratiquaient
des plantations et libations autour des pruniers et cerisiers
en fleurs. Il s'agissait alors d'un rituel religieux,
lié au renouveau printanier. Dès cette époque,
le Bouddhisme faisait de cette floraison si courte (une semaine)
le symbole de l'éphémère de la vie.
Dans une seconde phase, les Bushis,
chefs guerriers en armure, ont repris ce rituel à leur
compte, en offrant des libations à leurs
sujets, afin d'asseoir leur pouvoir. Quelques grands chefs
ont organisé des fêtes de Hanami si somptueuses
que la tradition écrite en a gardé le souvenir.
Une troisième phase débute
avec l'ère Edo (XVIIè siècle)
; les fêtes du Hanami sont devenues plus populaires,
où notamment les paysans pouvaient augurer des futures
récoltes. De grandes fêtes ont été
organisées par le pouvoir en place ; la plus citée
est celle donnée par le 8è Shogun (général)
Yoshimitsu Tokugawa, qui a ordonné pour l'occasion
la plantation de centaines de cerisiers dans tout le Japon
: ces cerisiers tricentenaires (début de l'ère
Edo) sont aujourd'hui très respectés et recherchés
lors des fêtes du Hanami. Mais pour les samouraïs,
la chute des fleurs de cerisier a pris alors un contenu spirituel
et philosophique inspiré du Bouddhisme.
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En effet, en ces temps de paix, une certaine nostalgie des
exploits et combats passés et l'appartenance à
une classe respectée ont favorisé la naissance
d'un sentiment mystique, concrétisé par deux
codes moraux : le Bushido et le Hagakure.
Le Bushido ou " Voie du guerrier
" prônait l'endurance et le mépris
du danger et de la mort, d'où l'acte de suicide en
cas d'échec de la mission ; un beau haïku (poème
très court) évoque ce refus de la peur de la
mort : " Pareil à la fleur de cerisier, prêt
à mourir au premier souffle de la brise matinale
".
Le Hagakure ou " Livre secret
des samouraïs " est le premier code moral
écrit au début du XVIIIè siècle,
d'une telle ampleur : 11 tomes, gardés secrets par
un clan de samouraïs pendant 150 ans, puis divulgué
par la suite.
Les samouraïs aimaient à citer ceci : " Hana
wa sakuragi hito wa bushi " : " De même que
la fleur du cerisier est la fleur par excellence, le guerrier
est l'homme par excellence. "
Le symbole de la fleur de cerisier comme l'éphémère
de la vie des combattants a perduré pendant la seconde
guerre mondiale : les pilotes et kamikazes nippons peignaient
le Sakura sur le flanc de leur avion. D'ailleurs, le gouvernement
encourageait le peuple à croire que les âmes
des soldats morts au combat se réincarnaient en fleurs
de cerisier
Le
Hanami est resté une fête très populaire
d'une ampleur incroyable, suivie par tous les japonais, qui
vont manger et boire sous les cerisiers en fleurs sur des
toiles bleues, en famille, entre amis ou collègues.
Il n'y a pas de journée nationale pour cette fête,
pour la bonne raison que le front de floraison, le sakura
zensen, se déplace du sud au nord des îles nippones,
de mi-janvier à mi-mai ; ainsi l'on voit de multiples
libations, fêtes et festivals se dérouler sur
cette période, d'Okinawa au sud à Hokkaido au
nord. Cet évènement fait l'objet de bulletins
météo réguliers, permettant de suivre
l'avancée de la floraison.
La fin du sakura zensen introduit la nouvelle année
scolaire, universitaire et administrative.
La représentation du Sakura dans les Arts :
La vue magnifique de ces grands cerisiers en fleurs, dont
certains forment des voûtes en s'entrecroisant, a toujours
inspiré les artistes dans toutes les formes d'art littérature,
poésie, théâtre et musique chantent la
beauté et l'éphémère du sakura.
La représentation du sakura dans les arts traditionnels
est très réaliste, sans rajout ni fioriture,
respectant ainsi la grâce de cette fleur simple. Elle
est rendue en rameaux de branches plus ou moins fleuries,
ou en fleur stylisée à 5 pétales en forme
de cur, avec au centre des étamines, comme un
logo épuré.
Ce motif, stylisé ou non, est très présent
dans les arts décoratifs, sur tous les supports et
dans toutes les matières : objets utilitaires, textiles,
mobilier, laques, estampes Ces dernières sont
d'ailleurs réalisées traditionnellement avec
des matrices gravées dans du bois de cerisier, fin
et dur.
Dans certaines estampes, le samouraï, ou l'acteur de
théâtre kabuki (théâtre populaire)
déguisé en samouraï, est souvent associé
au cerisier en fleurs, selon l'allégorie citée
plus haut.
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